Tadeo.fr >> TadeActualités >> TadeMedias
Interview Hervé Allart - Vivre FM 30/01/09
Le journaliste de Radio "Vivre FM" a interviewé Hervé ALLART, Directeur de Tadeo, le 30 Janvier 2009.
VIVRE FM - Bonjour à tous, aujourd’hui pour ce nouveau rendez-vous de la « vie des entreprises » , je reçois Hervé Allart, le directeur de projets de Tadeo ; Tadeo est un service crée par de grandes entreprises permettant la communication entre les personnes sourdes et entendantes spécifiquement adaptée aux besoins du monde du travail. Tadeo délivre des services en ligne de visio-interprétation en langue des signes françaises et de sous-titrages simultanés via une simple connection internet. Hervé Allart, le directeur de projet de Tadeo, est avec nous sur Vivre Fm. Bonjour, Hervé Allart.
Hervé Allart - Bonjour.
VIVRE FM - Merci d’être sur le plateau de la « vie des entreprises » de ci-bon matin. Alors, Hervé Allart, le projet de Tadeo, c’est plutôt intéressant, c’est plutôt un projet qui émane des entreprises elles-mêmes.
Hervé Allart - Oui, effectivement. Les entreprises se sont rendu compte qu’elles avaient une grosse difficulté liée à l’intégration de personnes en situation de ne plus percevoir la parole. Pourquoi ? parce qu’à partir du moment où on ne perçoit plus la parole, on est en situation de ne pas avoir de solution technologique, donc il faut être inventif pour essayer de mettre en place quelque chose.
VIVRE FM- Oui, parce que dans la surdité, il y a plusieurs degrés et là, on parle vraiment de personnes qui ne perçoivent plus du tout la parole.
Hervé Allart- Oui absolument. Ou plus du tout ou très mal la parole, mais effectivement une dégradation. Donc c’est pour ça qu’on parle de malentendants ou de sourds. Vous pouvez recevoir des bruits et ne pas percevoir encore la parole, c’est la difficulté. On peut être par exemple à distance au téléphone ou lors de grandes réunions, même si on perçoit encore un peu la parole, être en grande difficulté parce qu’on a une perception qui n’est plus du tout la même.
VIVRE FM - On va commencer en interne parce que même chez vous, au sein de l’équipe de Tadeo, vous avez des collaborateurs qui sont sourds.
Hervé Allart - Absolument, on a 4 collaborateurs sourds, on est une trentaine dont 4 collaborateurs sourds La population sourde est divisée vraiment en 2 grands segments : celle qui est gestuelle ; qui pratique la langue des signes, c’est leur première langue qui représente 10 ou 20 % de la population sourde et celle qui est oralisée qui représente 80-90 % de la population sourde.
VIVRE FM - Alors là, ce qui est intéressant c’est que dans les métiers de vos collaborateurs-sourds, il y a des personnes qui sont responsables de la communication. Là, c’est quand même assez fort.
Hervé Allart - Nous n’avons pas placé la surdité comme un handicap à la base mais comme un problème linguistique, au même titre que si j’ai un chinois ou un ouzbek. Si je mets un interprète ou si je mets en fait l’assistance humaine qui permet de pouvoir réunir la demande, ça se passerait bien.
VIVRE FM - Pour vous, la surdité : ce n’est pas vraiment un handicap. Ca revient au même que de se retrouver devant une personne chinoise ou un ouzbek. Moi, je ne maîtrise pas le ouzbek couramment, ni encore moins le chinois.
Hervé Allart - C’est exactement la même chose. Quand je suis allé en Chine, je ne maîtrise pas le chinois, je suis en situation de handicap avec la personne pour communiquer avec une personne. Donc, là, on parle bien de situation de handicap, plus que de handicap même. Puisque l’entendant va se retrouver dans la même situation. Il suffit simplement de vous immerger dans un environnement linguistique qui n’est pas le vôtre et vous êtes en difficulté de communication.
VIVRE FM - Comment ça se passe la relation entre les collaborateurs, ceux qui sont sourds, ceux qui ne le sont pas, ceux qui maîtrisent la langue des signes, ceux qui ne la maîtrisent pas ?
Hervé Allart - Il y a effectivement 2 grandes familles dans la surdité. C’est effectivement la surdité gestuelle, qui est assez culturelle et qui offre un inconvénient en général puisque les personnes ne sont pas oralisées, elles ne lisent pas sur les lèvres. Donc là, il y a vraiment une rupture si vous ne parlez pas la langue des signes, très clairement il vous faut un interprète. Là, il y a donc une barrière, la relation de proximité est quand même beaucoup plus difficile. Par contre, quand l’autre population qui est la population sourde oralisée, celle qui lit sur les lèvres, elle est intégrée normalement pratiquement à la vie de l’entreprise, puisqu’elle pourra parler avec vous comme là on est en train de le faire, elle va pouvoir s’exprimer, elle va pouvoir participer à des réunions de 2-3 personnes. Bien évidemment va lui être interdit l’accès au téléphone que ce soit un appel entrant ou sortant ou des réunions à partir de 3-4-5 personnes, c’est fini, elle ne peut plus suivre.
VIVRE FM - Ensuite, vous, votre travail, c’est de proposer des services aux entreprises à travers Tadeo et l’installation de ce logiciel ? Comment ça se passe ?
Hervé Allart - Alors avant même de proposer un service, il faut déjà le concevoir parce que comme de la même façon que vous avez un nouveau produit, que vous achetez une nouvelle voiture, vous allez en faire le bilan après. Bon vous savez déjà conduire. Ceci étant, on va demander à un sourd de se mettre en situation d’être comme un entendant. On va faire un très grand pas. Depuis 10 ans, 20 ans, 30 ans, le sourd est marginalisé et donc, tout d’un coup, Il va pouvoir avoir accès à la communication à distance, aux réunions. Donc, il y a quand même une période –non pas d’adaptation- mais on est en train de le faire actuellement, on observe les réactions aussi bien de la personne sourde mais surtout aussi des entendants parce qu’il faut que les entendants qui travaillent avec la personne sourde se mettent en situation de développer les responsabilités ou les missions qui sont confiées à la personne sourde.
VIVRE FM - Est-ce qu’avant d’installer ce type de logiciel sans avoir la prétention de tout révolutionner non plus, mais vraiment l’intégration des personnes sourdes était très difficile dans les entreprises ? Ca restait un handicap qui était un peu à la traîne ?
Hervé Allart - Il est encore aujourd’hui un peu à la traîne, notamment pour les sourds gestuels. Encore une fois, c’est avec ceux avec où on a vraiment du mal à communiquer de façon spontanée. Le taux de chômage chez les personnes sourdes est beaucoup plus important que dans les autres populations.
VIVRE FM - Ca reste un handicap vraiment que les entreprises ont du mal à intégrer ?
Hervé Allart.- Quand vous dites à un chef de service, vous allez embaucher une personne sourde. Je communique comment avec elle ? C’est toute la crainte. L’élément essentiel dans l’entreprise c’est la communication, c’est l’échange, c’est les consignes, c’est la bonne compréhension des messages. Déjà qu’entre entendants, il y a souvent des malentendus « je ne t’avais pas compris », vous vous imaginez avec un sourd.
VIVRE FM - C’est là qu’intervient Tadeo. Clairement, qu’est-ce que c’est Tadeo ? Je l’ai un peu expliqué en introduction. C’est un logiciel. Vous l’avez expliqué, vous l’avez conçu. Maintenant, comment il se met en place ?
Hervé Allart - Il se met en place très simplement, il suffit que l’entreprise ait une liaison internet comme celle que tout un chacun a chez soi et à partir du moment où l’entreprise est équipée de cette liaison internet, il lui faut sur un simple ordinateur avec une webcam et un micro que l’installation du logiciel et elle va se raccorder au service Tadeo. Ca peut être aussi des appels entrants. C’est-à-dire que vous pouvez appeler un de nos collaborateurs souvent, les deux se font bien évidemment. Donc, le collaborateur va se mettre en relation avec la plate-forme qui va appeler la personne distante. On va avoir un interprète en langue des signes, un codeur pour ceux qui communique en LPC en langage parlé complété ou un spécialiste de la transcription écrite en temps réel.
VIVRE FM - Autrement dit, elle va avoir, par exemple, vous téléphonez à une personne qui est sourde et qui a installé le logiciel Tadeo, elle voit sur son écran d’ordinateur quasiment en simultané une transcription ?
Hervé Allart - L’objectif c’est de faire, non pas du quasiment, mais du simultané.
VIVRE FM - C’est vraiment du simultané ?
Hervé Allart - En transcription écrite, on a inventé la technologie qui permet réellement de faire la retranscription écrite in-extenso en temps réel. Je dis bien in extenso, ce qui est important. C’est bien la totalité de ce qui est dit et comme c’est dit. Ils ont globalement entre 1 seconde, 2 secondes d’écart entre la réalité grand maximum. En langue des signes, c’est simultané.
VIVRE FM - Au niveau de l’apprentissage de ce logiciel ? Ce n’est pas trop compliqué ? Il y a une formation pour les personnes sourdes ?
Hervé Allart - L’utilisation du logiciel est simple. On considère que d’abord, nos utilisateurs ne sont pas des spécialistes de l’informatique. Pour la mise en route, on ouvre son ordinateur, on a l’icône, on clique sur l’icône. On est mis en relation et tout va bien. Après, c’est effectivement, quoi en faire, comment l’utiliser dans l’entreprise. Quand on fait une réunion, l’installation : comment on va se positionner par rapport aux collègues ? C’est plus environnemental que lié à la technologie même. La technologie : c’est plus simple qu’un téléphone.
VIVRE FM - Parce qu’il faut réhabituer aussi les mentalités -on va dire avec beaucoup de guillemets-avec ce logiciel parce que c’est une nouvelle manière de communiquer.
Hervé Allart - Eliminons même la notion de logiciel. C’est un outil. C’est leur téléphone. C’est un petit ordinateur portable. On sort la personne sourde d’un isolement qui peut dater de 10 ans, 20 ans, 30 ans avec un passif qui peut exister. Des fois même, une situation des fois un peu conflictuelle avec le monde des entendants parce que quand vous avez été isolé pendant 10 ans, 20 ans ou 30 ans, ça peut représenter des difficultés de réintégration. Du côté de l’entendant, il faut lui montrer que la personne sourde peut faire d’autres choses.
VIVRE FM - Il faut que la personne entendante ou valide refasse l’effort d’intégrer la personne sourde et donc comprenne qu’elle va de nouveau pouvoir communiquer avec elle.
Hervé Allart - Je ne dirais pas de nouveau. C’est de pouvoir communiquer naturellement comme avec un entendant. Ca serait de nouveau si c’était une personne entendante qui était devenue sourde. Si la personne était sourde, la communication a toujours été très primaire. Là, elle va découvrir un autre monde.
VIVRE FM - De manière très pratique, j’imagine que la personne sourde n’a pas son ordinateur sous le bras en même temps qu’elle essaye de parler avec les gens ? Le matériel est simplifié au maximum pour pouvoir communiquer.
Hervé Allart - Absolument, c’est surtout un outil qui doit permettre de travailler avec. C’est pour cela qu’on a pris un petit ordinateur portable parce que quand on est avec l’interprète, on a besoin de faire passer des noms propres, des numéros de dossiers, des références. Ce n’est pas facile quand on est en langue des signes de les dactylologer. C’est plus facile de les écrire. Aujourd’hui, on est en train de l’étudier pour voir quel serait le format d’appareil idéal. Pour l’instant, ça reste le format de l’ordinateur portable.
VIVRE FM - Vraiment tous les mots sont transcrits ? Des fois, entre collègues, on va parler en argot, on va utiliser des anglicismes. Tout ça, ça passe aussi dans la transcription ?
Hervé Allart - Quand on est en transcription écrite, absolument et d’ailleurs, on demande que chaque personne sourde qui va faire appel à la transcription écrite communique son propre dictionnaire, c’est-à-dire dictionnaire qui va inclure les noms propres des personnes avec qui elle travaille, avec qui elle est en contact, les vocabulaires spécifiques à son entreprise, les vocabulaires spécifiques à son métier. Quand on est chez Areva, on parle Neutron, quand on est chez EDF, on parle électron, quand on est dans les banques, on va parler pourcentage, on va parler assiette et dans le bâtiment, on va encore un autre discours. Il est important qu’on puisse avoir des bases de données spécifiques pour chaque personne sourde.
VIVRE FM - C’est important ce que vous dites parce que ça montre que vous intervenez dans des secteurs d’activité très variés.
Hervé Allart - Totalement différents. On couvre les services, on couvre l’industrie. Il n’y a pas de limite et justement, la note de complexité d’un service comme Tadeo, c’est ce qu’ont compris les entreprises, c’est de répondre justement à cette diversité de cas, donc diversité de situations dans l’entreprise, et aussi diversité de typologie d’entreprise et de métier.
VIVRE FM - Ce matin avec Hervé Allart qui est très bien réveillé sur Vivre Fm et ça s’est plutôt bien pour la « vie des entreprises ».
VIVRE FM - Hervé Allart, le directeur de projet de Tadeo, qui est avec nous sur Vivre Fm. Hervé Allart, pour ensuite répondre aux besoins des utilisateurs, il faut, par exemple, que votre logiciel puisse transcrire de l’anglais, puisse transcrire tout le jargon professionnel. Il faut répondre aux besoins, aux exigences du monde de l’entreprise aujourd’hui.
Hervé Allart - L’entreprise travaille 7 jours sur 7, elle travaille 24 heures sur 24. Elle a besoin effectivement de particularités, comme vous le disiez de jargons et bien évidemment de l’anglais. Aujourd’hui, on traite l’anglais notamment déjà en langue des signes. On va le traiter rapidement aussi en transcription écrite. Un interprète est capable de traduire en fait de la langue des signes anglaise à l'oral français ou vice versa si effectivement on a eu cette formation. Par contre, la même personne ne peut pas écouter en français et transcrire en anglais ou écouter en anglais et transcrire en français. Il faut qu'il y ait une interprétation orale entre les deux.
VIVRE FM - Il y a beaucoup d’outils encore à mettre aussi à côté en place.
(jingle Vivre fm)
VIVRE FM - Donc, il y a encore beaucoup d'outils à mettre en place. Mais du moins aujourd'hui on peut suivre une conférence en anglais, avoir la transcription et juste après repasser en langue française.
Hervé Allart - Absolument on fait d'ailleurs des expérimentations régulièrement. En fait, Tadeo c'est aujourd'hui un laboratoire, même si ça fait deux ans et demi que cette opération est lancée. Technologiquement parlant, les gens quand ils entendent dire que nous sommes en laboratoire, ils sont étonnés.
Vivre FM - Ça j'aime bien. Il y a presque un petit côté artisanal chez Tadeo. Il faut en permanence penser à une évolution.
Hervé Allart - Rien n'est écrit définitivement. Les sourds ou les malentendants ne peuvent pas aujourd’hui s'exprimer sur un besoin qu'ils ne connaissent pas encore. On ne peut pas demander à une personne entendante, à une personne sourde, tiens on vous met cet outil, quels seraient vos besoins autour de cet outil ? Des anecdotes il y en a des tonnes qui ont fait évolué la solution. Des anecdotes, je vais pouvoir vous en citer quelques unes.
VIVRE FM - Et comment ? (rires). Alors justement, des personnes qui n'avaient pas trouvé forcément leurs places dans le monde du travail et puis grâce à Tadeo ont pu ensuite trouver un travail.
Hervé Allart - On ne va pas dire aujourd'hui « n'avaient pas de travail, ont trouvé un travail ». Ce qui est clair aujourd'hui c'est que les entreprises qui utilisent Tadeo recrutent aussi des sourds. Quand je dis aussi : parce qu'il y a une petite note de complexité pour accueillir une personne sourde, ça, c'est tout à fait évident et c'est concret. Mais, on a d'abord travaillé sur la population sourde existante dans l'entreprise. Donc, c'était aussi pour voir quels étaient les métiers et comment l'appropriation allait se faire et quelle serait l'évolution.
VIVRE FM - Donc c'était vraiment du maintien dans l'emploi ?
Hervé Allart - Ça a été d'abord dans le contexte du maintien à l'emploi et d'épanouissement. À la limite, ça n'est même pas le bon axe, c'est comment faire pour que le sourd prenne une place aussi légitime que l'entendant dans l'entreprise avec toutes les responsabilités et les missions qu'on peut lui confier.
VIVRE FM - Maintien dans l'emploi à mettre à côté du recrutement à part entière où on va aller chercher un collaborateur qui est sourd ?
Hervé Allart - Tout a fait aujourd'hui on a les deux cas mais originellement, on était plutôt sur d'abord la mise en place dans le cadre du maintien à l'emploi.
VIVRE FM - Aujourd'hui, si on est une personne sourde, c'est possible si on est une personne sourde de pouvoir rentrer dans une entreprise même dans des secteurs très pointus, à des niveaux d'exigences très poussés.
Hervé Allart - Très clairement, on a nous aujourd'hui des commentaires de ces responsables de service qui parlent d'augmentation très nette de productivité. La communication étant l'élément essentiel encore une fois dans l'entreprise A partir du moment où l'on laisse et où on donne la possibilité aux sourds d'exister comme un entendant, par définition, il va augmenter sa productivité : égalité des chances, égalité des droits, égalité des résultats : il faut aller jusqu'au bout du raisonnement.
VIVRE FM - Donc, on sort totalement de cette logique-là d'emplois réservés. On peut envisager de mettre une personne sourde dans un emploi où il y a un lien avec la clientèle ?
Hervé Allart - Moi, j'ai des collaborateurs sourds qui sont passent leur temps au téléphone. Vous me direz "c'est un peu antinomique". J'ai un collaborateur qui est chargé de communication, j'en ai un autre qui est directeur financier. Il y a 4 collaborateurs sourds dans l'entreprise, ils ont pour moi les mêmes obligations de résultat que les autres collaborateurs. Ils reçoivent leurs appels, ils passent leurs appels, ils sont en totale autonomie.
VIVRE FM - Il n'y a pas aussi un effort de la part de l'entreprise à communiquer en externe auprès des clients, etc pour faire savoir qu'il peut y avoir des petites lacunes en terme de communication ?
Hervé Allart - Nous avons beaucoup d'humilité. On ne sait pas. On va laisser les uns et les autres faire et puis, on va les observer. Après on décrira l'histoire. Décrire une histoire de quelque chose dont on ne connait pas effectivement les règles du jeu, c'est un peu prétentieux. On le laisse faire et puis en fonction du ressenti. Il ne faut pas oublier quand la personne sourde appelle, on a une personne qui est entre les deux. Donc, si effectivement elle constate qu'il y a une difficulté, elle va pouvoir intervenir ou l'interprète ou le transcripteur. Ils ne sont pas laissés libres tout seuls dans la nature. Ceci étant aujourd'hui, je subis et je constate beaucoup d'appels téléphoniques où quand vous avez une personne sourde oralisée qui appelle une personne entendante, à la limite, vous ne savez même pas qu'il y a quelqu'un entre les deux. Pourquoi ? parce que je suis sourd, je vous parle, vous, vous me parlez, je suis sourd, j'ai le texte qui arrive en temps réel devant les yeux, la personne qui est entre les deux ne se manifeste jamais. Donc, on ne sait pas qu'il y a quelqu'un.
VIVRE FM - Au début, ça commence, c'est un vrai soutien. Ca rassure, une béquille. Et puis petit à petit, l'idéal c'est que vraiment, la personne sourde oublie complètement l'intermédiaire.
Hervé Allart - A la limite que lui, il oublie, à la limite que l'entendant ne sache pas, je suis étonné moi-même, je suis étonné tous les jours quand j'ai les collaborateurs sourds m'appellent dans la voiture. Je trouve stupéfiant le résultat qu'on a atteint.
VIVRE FM - Alors finalement, là, tout semble facile. Il n'y a pas du tout de sensibilisation à faire en entreprise ?
Hervé Allart - Si bien sûr parce qu'il y a des métiers qui naturellement vont s'approprier ce type d'outils, des métiers qui sont liés à un travail administratif. Par exemple, je suis comptable, c'est plus facile effectivement d'aller jusqu'au bout de sa mission de comptable, c'est-à-dire de pouvoir relancer par téléphone un client ou un fournisseur parce qu'on n'a pas reçu l'avoir ou la facture qu'on attendait, ça fait bien partie de la mission, que des missions qui ont été faites, on va dire pratiquement parce que la personne était sourde et qui ne faisait pas appel à la communication, auquel cas la sensibilisation devra exister et on les fait, d'ailleurs, on intervient régulièrement pour que les entendants réfléchissent maintenant aux missions que demain, on va pouvoir donner. On a des entreprises qui sont très audacieuses qui veulent même, dans le domaine bancaire par exemple, faire des tests pour mettre une collaboratrice sourde en accueil public.
VIVRE FM - Il y a donc une volonté de la part des entreprises aujourd'hui de mettre en avant des personnes handicapées, de ne plus les laisser dans des placards ?
Hervé Allart - Très clairement. Je leur dis "soyez audacieux". On verra si la personne sourde a envie de prendre des risques et puis si nous également, on va prendre des risques. Je ne dis pas que tout est faisable. Mais ne nous donnons pas de limite a priori.
VIVRE FM - Est-ce que les entreprises aujourd'hui peuvent se permettre de prendre des risques avec beaucoup de guillemets ?
Hervé Allart - Si la personne sourde est d'accord, on peut faire des expériences. On n'est pas sûr que ce sera pérenne. Si on n’essaie pas, on ne pourra jamais savoir si effectivement, ça peut être pérenne ou pas pérenne. Surtout, ne nous mettons pas de borne. Si on a une idée, on l'expérimente, on verra bien.
VIVRE FM - Mais en tout cas, vous sentez qu'il y a des entreprises qui sont demandeuses d'avancer dans ce sens-là ?
Hervé Allart - A l'origine des entreprises comme Air France, Thalès, Areva, Crédit Agricole, Lyonnaise des Eaux et d'autres -il y en avait une douzaine quand ils ont conçu-, ils étaient en esprit de création. Ils n'avaient aucune obligation de créer ce type de services. C'est en découvrant nos technologies un jour que l'histoire est née.
VIVRE FM - Ce sont des entreprises des missions handicap qui sont déjà bien implantées. Auprès des entreprises où la question du handicap est peut-être moins développée, est-ce que c'est aussi facile ?
Hervé Allart - Ce n'est pas beaucoup plus compliqué. Il y a d'abord une prise de conscience. En fait, aujourd'hui, on s'aperçoit que depuis 2005, il s'est passé un certain nombre de choses. Il y a de plus en plus de prises de conscience. Tout le monde n'a pas encore une mission handicap mais on s'aperçoit qu'il y a quand même des développements durables dans beaucoup d'entreprises et de plus en plus. Evidemment, il y a un peu plus de travail à faire dans les entreprises qui ne sont pas structurées autour du handicap que celles qui le sont.
VIVRE FM - Emploi et handicap : c'est possible. On le prouve avec Hervé Allart, le directeur de projets de Tadeo. Il est avec nous sur Vivre fm.
(jingle Vivre fm)
VIVRE FM - L'invité de "la vie des entreprises" ce matin est Hervé Allart, le directeur de projets de Tadeo. Il est avec nous sur Vivre fm. Hervé Allart, on l'a vu tout au long de l'émission. Dans les entreprises, c'est plus facile aujourd'hui pour intégrer des personnes sourdes. Il y a quand même un gros travail de sensibilisation. Quels sont vos outils quand vous intervenez en entreprise ?
Hervé Allart - Nos outils quand vous on intervient en entreprise ? Déjà ; une vulgarisation. Les acteurs de l'entreprise sont un peu habitués au handicap, notamment moteur. Les personnes à mobilité réduite sont très sensibilisées. Sur le handicap visuel, aussi en partie. Sur la surdité, on ne sait pas ce que c'est que la surdité. D'ailleurs, vous le savez, il arrive régulièrement qu'une personne accidentée, par exemple, sourde qui s'exprime mal oralement finisse dans un hôpital psychiatrique parce qu'on pense que c'est quelqu'un de demeurée. Alors que ça n'a aucun rapport. Il y a en fait une totale méconnaissance de la surdité. Ca passe déjà par une découverte de la surdité. Pourquoi ? Comment ? Quelles sont les difficultés ou quelles ne sont pas les difficultés ?
VIVRE FM - Donc au coeur du projet Tadeo, il y avait cette nécessité de sensibiliser au coeur de l'entreprise.
Hervé Allart - Bien sûr. D'ailleurs, dans les entreprises, on fait régulièrement des séminaires de sensibilisation avec nos partenaires.
VIVRE FM - Alors vous intervenez dans des grosses entreprises, vous en avez citez quelques unes. Dans des plus petites entreprises, voire des très petites entreprises ?
Hervé Allart - On intervient aussi dans des TPE et PME. D'ailleurs, ce qui est assez curieux, c'est que dans la surdité, le bouche-à-oreille fonctionne très, très bien.
VIVRE FM - Oui, c'est le cas de le dire. (rires) C'est curieux.
Hervé Allart - Les sourds qui utilisent Tadeo communiquent aussi auprès de leurs connaissances sourdes et du coup, on a plein de demandes qui proviennent de personnes sourdes de tels organismes que ce soit une institution privée ou publique.
VIVRE FM - Mais encore une fois, ça reste quand même assez au coeur du maintien dans l'emploi. Mais il y a aussi cette nécessité de développer le recrutement de personnes sourdes.
Hervé Allar - Absolument.
VIVRE FM - Aujourd'hui, on commence à vous solliciter suite à un recrutement ?
Hervé Allart - Absolument. On était passé d'une situation du maintien à l'emploi. Toutes ces grandes entreprises sont passées au stade "maintenant, on recrute". Et d'ailleurs, lors d'un débat de sensibilisation à Paris dernièrement, on a fait un mini-forum pour l'emploi dans la surdité. Des entreprises sont venues recruter des personnes sourdes aussi avec l'aide de l'outil Tadeo.
VIVRE FM - Mais les entreprises cherchaient à recruter des personnes sourdes ou alors elles cherchent à recruter pour un poste et puis, il se trouve qu'il y a une personne sourde qui correspond vraiment pile-poil au profil recherché ?
Hervé Allart - De toute façon, c'est toujours une réponse à un besoin de l'entreprise. Ce n'est pas "On cherche à recruter des personnes sourdes", c'est "on a un besoin et on le recrute". Et en fait, on va dire que la surdité n'est plus un frein.
VIVRE FM - Vous avez des exemples de recrutement vraiment réussi où la personne a réussi à trouver sa place ?
Hervé Allart[/b] - On ne suit pas tous les dossiers. On sait qu'on participe à des séances de sensibilisation et de recrutement. Par contre, je ne demande pas nécessairement à toutes les entreprises est-ce qu'elles ont recruté, est-ce qu'elles n'ont pas recruté ? Ce sont des opérations qui datent depuis la fin de l'année dernière. On n'a pas encore de retour parce que le recrutement, ça ne se fait en quinze jours.
VIVRE FM - Vraiment une entreprise est prête à installer Tadeo, ce logiciel pour tous ses collaborateurs qui se retrouvaient en situation de handicap quelque soit leur place dans l'entreprise même pour des gens qui ont des postes avec moins de responsabilités ?
Hervé Allart - On a des personnes qui sont aussi bien à la chaîne que des personnes de la hiérarchie. On a même eu une avocate... une avocate sourde. Vous voyez aussi le paradoxe.
VIVRE FM - Parce que là, plaider. Ca doit être quand même assez compliqué.
Hervé Allart - Ca va jusque-là quand même. Il y a des personnes qui ont un niveau de performances assez extraordinaire et puis de ténacité. Nous avons des gens qui sont à la chaîne, donc qui vont utiliser l'outil une fois par semaine ou deux fois par semaine pour des réunions de points fixes, par exemple. Et puis d'autres qui vont utiliser effectivement tous les jours et plusieurs fois par jour.
VIVRE FM - Donc les entreprises permettent à chacun, à travers cet outil, d'évoluer dans l'entreprise ?
Hervé Allart - Absolument, de prendre des responsabilités. On a des anecdotes où des collaborateurs sourds d'entreprise qui sont équipés de Tadeo et qui revendiquent maintenant une évolution et qui disent "je pourrais prendre la place de mon responsable hiérarchique". Maintenant, il n'y a plus de frein.
VIVRE FM - L'importance, c'est vraiment que ce soit un logiciel qui s'adapte à des besoins au cas par cas.
Hervé Allart - Il n'y a pas de cas unique.
VIVRE FM - Tadeo, ce n'est pas un moule où chacun essaye de se glisser.
Hervé Allart - On essaye plutôt de faire un produit où chacun puisse s'adapter en fait à sa situation, quelle soit en entreprise. C'est la communication. Donc déjà pour communiquer, il faut être deux. Ce n'est pas les sourds pour les sourds, il faut être clair. Ce sont des entendants qui doivent communiquer avec des sourds et des sourds qui doivent communiquer avec des entendants. Que l'entendant soit client, fournisseur, collaborateur, hiérarchique, il faut que ça corresponde à toutes les situations. On essaie de concevoir un produit où chacun essaye de faire son marché et y trouver sa place naturellement.
VIVRE FM - Alors, vous avez des séances de travail où régulièrement où vous essayez de faire évoluer le projet ? C'est-à-dire régulièrement le logiciel évolue.
Hervé Allart - Le logiciel évolue. Il y a des anecdotes comme ça dont une que je pourrais vous citer. Un sourd quand il téléphone, il ne s'entend pas par définition, donc il ne sait pas que sa voix est prise en compte. On a constaté cela. Il a fallu qu'on lui mette un petit vu-mètre pour bien qu'il comprenne que sa voix était prise en compte. Un jour, un de nos collaborateurs sourds était en communication avec une personne qui recherchait un dossier. Donc, il était en attente. Travaillant dans un open-space, tout d'un coup, il s'est retourné en disant à ces collègues "taisez-vous, vous faites trop de bruit". Je rappelle qu'il est sourd. Le vu-mètre lui avait montré qu'il y avait tellement de bruit dans l'open-space que ça allait déranger son interlocuteur entendant.
VIVRE FM - Donc, c'est vraiment des choses très pratiques. Chaque petite situation apporte sa pierre à l'édifice.
Hervé Allart - On en est à la 45ème version. Chaque version, c'est simplement parce qu'on a constaté quelque chose et il fallait créer un outil qui permette de pouvoir fluidifier. On téléphone, on ne se voit pas. ce fameux vu-mètre que j'ai en bas, en fait, le sourd ne s'entend pas, il s'est avéré qu'en fait, le sourd monte la voix quand il est au téléphone. Ce sont les collègues entendants qui venaient lui dire, "tu es pénible, descends ta voix parce que tu nous gênes".
VIVRE FM - Ca peut emmener à des situations qui paraissent anecdotiques mais qui finalement font avancer le schmilblick.
Hervé Allart - ... qui risque d'être polluante pour les autres. Il faut que ça s'insère naturellement. On a mis une zone rouge à ce fameux vu-mètre, ce qui fait que quand sa voix porte trop, ça passe dans le rouge. Il sait qu'il doit baisser le ton.
VIVRE FM - On l'a constaté à Vivre Fm. Mais, les évolutions tout ce qui est imaginé pour les personnes handicapées finalement ça sert aux personnes valides parce que ça nous est tous arrivé d'être en communication avec quelqu'un et la communication est brouillée. Ca peut-être un outil qui permet de ...
Hervé Allart - Dans la transcription écrite, par exemple, que l'on fait aujourd'hui, il y a plein d'entreprises qui nous disent "vous faites de la transcription écrite, mais on peut avoir les minutes à la fin de la transcription écrite". C'est bien pas que pour les malentendants, pour nous aussi.
VIVRE FM - Finalement, ces avancées-là servent à tout le monde.
Hervé Allart - Comme la télécommande, si on s'en rappelle. Ce sont ces développements technologiques que l'on va extraire et qui va, à un certain moment, servir à la communauté.
VIVRE FM - Hervé Allart, votre entreprise a à peu près deux ans, vous êtes une entreprise qui est en permanence en évolution, les choses qui ont le plus bougé ?
Hervé Allart - L'entreprise a plus de quinze ans. Le projet a deux ans.
VIVRE FM - Ce qui a le plus bouger, vraiment ce qui vous a frappé, parce qu'en deux ans, il y a eu beaucoup d'avancées.
Hervé Allart - Qu'est-ce qui a le plus bougé ? Je dirais, c'est de constater l'évolution et l'efficacité. En fait, il ne faut pas se raconter d'histoire. Concrètement, qu'est-ce que ça a pu amener ? Les entreprises recrutent maintenant des sourds c'est-à-dire que la cible est atteinte. Après on va faire en sorte de qualifier les choses pour y parvenir. Aujourd'hui, comme je vous le disais, on a fait plein d'expérimentations. Maintenant, il faut écrire un cahier des charges fonctionnel opérationnel. Mais il ne fallait surtout pas se donner de limites au départ, sinon on ne serait pas arrivé de façon aussi pertinente -je pense- au résultat. Maintenant, il faut encadrer. Il manque du monde. Il y a 100 à 150.000 sourds actifs occupés en entreprise aujourd'hui, ça veut dire qu'il faut entre 20.000 et 30.000 interprètes ou spécialistes de la transcription écrite.
VIVRE FM - Ca fait du monde, surtout -on le dit- il y a de moins en moins de personnes qui maîtrisent la langue des signes, je veux dire qui peuvent faire de la traduction. Ca se perd.
Hervé Allart - Aujourd'hui, vous avez à peu près 150 à 200 interprètes. Bien sûr, personne n'est d'accord sur les chiffres. Mais ça comme sur la surdité, on n'a pas d'éléments très fiables. D'après nos estimations, pour la population sourde active occupée, en besoin en langue des signes, il en faut à peu près 4.000. Il en sort aujourd'hui entre 30 et 40 par an. Si on regarde le schéma actuel, dans un siècle, on aura formé tout le monde. Donc, ça ne va pas.
VIVRE FM - Donc, vous-mêmes au sein de Tadeo, vous seriez en recherche de monde ?
Hervé Allart - Le collectif d'entreprise a cette démarche de favoriser l'émergence de futurs interprètes diplômés comme également de transcripteurs et pour ça, on est aussi école c'est-à-dire que l'on forme à l'intérieur des spécialistes de la transcription écrite de demain.
VIVRE FM - Donc, vraiment Tadeo est à tous les bouts de la chaîne. Hervé Allart, on va quand même donner un contact. Alors, si on souhaite intégrer Tadeo, être utilisateur de Tadeo, où peut-on vous contacter ?
Hervé Allart - Il y a le site internet dont l'adresse est très simple. C'estwww.Tadeo.fr où il y a une présentation avec tous les contacts voulus pour venir. On fait toutes les semaines au moins une demi-journée par semaine des présentations du concept.
VIVRE FM - Vous êtes situés où ?
Hervé Allart - A Saint-Maur-des-Fossés dans le Val-de-Marne près de Créteil.
VIVRE FM - Merci, Hervé Allart, d'être venu ce matin sur le plateau de "la vie des entreprises" nous faire partager votre expérience au sein de Tadeo. Hervé Allart, le directeur de projets de Tadeo était avec nous sur Vivre fm.

Contact